23.07.2006
Disproportionné
Ce terme " disproportionné" fut utilisé abondamment cette semaine pour qualifier deux événements:
- le coup de boule de Zidane
- la réaction d' Israël au Liban.
Comme quoi, un même mot peut s' employer dans des dramaturgies fort différentes.
On a souvent comparer Zizou et l'autre n° 10 français emblématique, Michel Platini. Au concours du fair-play, Zidane est battu à plat de couture par Platini: 14 cartes rouges pour le premier, 0 pour le second.
( Une anecdote en passant à ce propos; j'ai vu jouer Platini au Heysel lors d'un match Belgique-France. Si je ne me souviens plus du score, j'ai encore en mémoire le chant que nous réservions à Platini, gorges déployées: " des pâtes, des pâtes oui mais des platini!" )
Ce qui fut vraiment disproportionné dans cette affaire, fut l'importance réservée par les médias français à ce geste de petite frappe que personne ne remit à sa place.
***
Au Proche-Orient, Israël n'a jamais accepté que le Hamas en Palestine et le Hezbollah au Liban, tous deux considérés comme partis terroristes, réussissent une percée aux récentes élections, organisées de façon plutôt démocratique. ( voir post du 5 février à ce sujet). L'occasion d'en découdre lui fut donnée lors de l'enlèvement de ses soldats; un à Gaza des oeuvres du Hamas et 2 au Liban par le Hezbollah.
Mais la fureur déchainée se révèle un remède de médicastre car si hier encore les Libanais étaient prêts à condamner le Hezbollah pour avoir, en pleine saison touristique, déclenché les ripostes israéliennes, aujourd'hui, devant les tas de ruines, ils ne distinguent plus qu' un seul responsable et en font leur unique coupable.
Sinistre erreur des Israéliens qui espéraient que leur réaction violente provoque le rejet du Hezbollah par les Libanais ; c'est une unité retrouvée qui sortira des décombres des bombardements.
On ne manipule pas les peuples, leurs héros et leurs martyrs comme l'imaginent les apprentis-sorciers qui transforment l'Afghanistan, l'Irak et le Liban en jeux de dupes, dans le silence des grandes puissances, majoritairement occidentales, qui en deviennent complices.
Remarquons au passage la discrétion des pays arabes qui n'élèvent pas le ton, autant par manque de moyens que par indifférence calculée, car le Hezbollah se présente souvent comme un électron libre échappant au contrôle des capitales arabes, hormis Damas et Téhéran ( qui n'est d'ailleurs pas arabe). Et les Syriens qui ont été contraints de quitter le Liban il y a quelques mois comptent les coups, répétant à l'envi que, eux présents, jamais Israël n'aurait osé agir de la sorte.
De là à revenir....
21:58 Écrit par JLH dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : proche-orient |
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17.07.2006
Le destin du jardinier de Bagdad
Le Moyen Orient à nouveau à feu et à sang, un Liban assiégé, des touristes qui fuient, des familles évacuées par la seule voie terreste praticable, vers la Syrie et sa capitale Damas, tout cela me rappelle cette histoire:
Vous rappelez-vous l' histoire du jardinier de Bagdad ?Celui qui,blême de peur, se cramponnait à son maître en le suppliant: " Maître, laisse-moi partir. J'ai rencontré la Mort au marché. Elle me poursuit, elle me veut. Je t'en prie, donne-moi un cheval, ô maître, que je puisse fuir la ville et me réfugier chez mon frère à Damas". Le maître, qui n'était pas mauvais homme, lui donna un cheval et le laissa partir. Mais ensuite, il voulut quand même en avoir le coeur net. Il se rendit donc au marché, où il rencontra en effet la Mort qu' il interpella en ces termes:" Pourquoi as-tu effrayé mon jardinier? Maintenant je vais devoir couper mes rosiers moi-même". Et la Mort de répondre de sa voix lugubre:" Effrayé? Je ne voulais pas l'effrayer. J'étais simplement étonné de le rencontrer ici car j'ai rendez-vous avec lui, demain soir, à Damas"
NB: ce post doit beaucoup à G. Ruysschaert
00:43 Écrit par JLH dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : il etait une fois, proche-orient |
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05.02.2006
Le Hamas. Evidemment
La victoire du Hamas aux élections en Palestine fut ressentie comme une onde de choc à travers le monde.Comment un mouvement qualifié de terroriste par l' Union européenne et les USA peut-il gagner des élections?
D'abord, parce qu'il y a eu "élection". Et il faut reconnaître aux USA la vertu d'infléchir la tendance de nombreux pays arabo-musulmans à n'organiser, au mieux, que des simulacres de consultations populaires.
Donc en Egypte, en Irak, en Afghanistan, en Palestine s'organisent de vraies élections, appuyées par les occidentaux qui doivent maintenant en accepter les résultats et force est de constater que partout les mouvements islamistes gagnent ou progressent sensiblement .
Une seconde d'arrêt : le mouvement islamiste, qui vise à remplacer la loi des hommes par celle de Dieu ( la Charia), est né en Egypte en 1928. Il rencontra peu de succès car la tendance politique lourde était laïque, nationaliste et socialiste avec les Nasser, Sadam Hussein ( et oui ), Mustapha Kémal, Bourguiba etc. Malheureusement le pouvoir corrompt et le pouvoir total corrompt totalement. Avec les années, ces partis furent confisqués par des minorités qui n'agirent plus qu'au profit de leurs clans. Les gouvernements issus de la décolonisation ont presque tous entretenu des rapports prédateurs au pouvoir. Comment s'étonner que la population, lorsqu'elle a enfin l'occasion de s'exprimer, choisisse l'alternative islamiste qui est présente dans les quartiers et tisse des réseaux d'institutions sociales et caritatives dans les domaines basiques de l'enseignement et des soins, abandonnés par les états.
Donc, on vote islamiste en Iran, en Egypte ou en Palestine moins pour combattre Israël que pour combattre la corruption. Même si le prix à payer est le retour à un conservatisme social et culturel dont les femmes sont les premières victimes.
On ne peut tout de même pas répéter partout le coup des militaires algériens qui stoppèrent le processus électoral en 1990 lorsque la victoire du FIS ( Front islamique du salut) fut évidente, renvoyant dans les maquis les militants de ce parti et entraînant 15 années de sang, celui des 150.000 tués dans cette guerre fratricide.
Or donc, voici l' Union européenne et les USA obligés de faire un grand écart douloureux dès lors qu'il s'agit de décider si on peut discuter avec le Hamas, un parti traité hier encore de terroriste et si on continue à lui verser la même aide internationale que celle qui était octoyée jusqu'ici à l'autorité palestinienne. On parle quand même de usd 1.100.000.000 /an et on craint l'usage que pourrait en faire les " incontrôlables" du Hamas!
A-t-on vraiment le choix? Même certaines autorités israéliennes pressent les occidentaux à maintenir leurs versements car d'une part, l'usage qu'en firent les dirigeants précédents n'était pas exemplaire et d'autre part, la ruine de la Palestine est la porte ouverte à toutes les aventures.
Pour les palestiniens, la victoire du Hamas n'est surtout que la fin supposée de la corruption, de la gabegie et du clientélisme incarnés par le Fatah, créé par Yasser Arafat - qui fut aussi en son temps qualifié de terroriste avant d'être prix Nobel de la paix en 1994- dont l'épouse intrigua comme une archiduchesse lors du décès récent de son mari, pour se voir attribuer un héritage à la hauteur de son rang et de ses besoins, elle qui vivait à Paris, dans un 400 m2 avenue Foch, loin, très loin des camps de réfugiés palestiniens.
22:40 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : proche-orient |
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