15.07.2007

Tax Freedom Day ( suite)

Elle s'appelait Fatika et travaillait mi-temps aux cliniques St Luc en qualité d'infirmière en soins palliatifs.

Un jour, la directrice de nursing lui proposa la fonction de "chef de service". Sous régime temps-plein évidemment, avec prestations alternées le week-end. Trois grands enfants permettaient à Fatika d'envisager cette promotion. Son mari, inquiet pour son confort de vie, suggéra d'engager temps-plein la femme de ménage qui, jusqu'alors, prestait à leur domicile 4 heures deux fois par semaine. Celle-ci accepta mais demanda à être "déclarée " puisqu'elle n'aurait plus qu'un seul emploi.

Deux constatations s'imposèrent rapidement;

* en s'inscrivant à l'ONSS ( Office National de Sécurité Sociale) en qualité d'employeur ( d'une seule personne, femme de ménage dans son foyer ) Fatika reçut un tombereau de formulaires, notes explicatives et règlements. En réalité, autant et les mêmes que le Directeur des Ressources Humaines de Cokerill-Sambre, car " la loi est la même pour tout le monde", lui répondit-on.

* un simple calcul établit l'impossibilité de supporter le coût d'une femme de ménage ( salaire brut + charges patronales) avec le salaire net perçu par une infirmière, chef de service en soins palliatifs.

Et la chaîne des emplois de se briser, faute de pouvoir répercuter en aval un emploi qui procéderait de celui qu'on exerce.

Alors deux solutions;

a- soit on gagne très, très bien sa vie et on peut poursuivre la chaîne des emplois en engageant un collaborateur, un adjoint, une aide.. mais ceci ne concerne que quelques happy few,

b- soit on accepte les contraintes d'un double horaire ( maison+ boulot).

" Libérez les heures supplémentaires " disait Sarkozy. Ici et pour Fatika, c'est fait!

Si la cascade des emplois se tarit rapidement, privant ainsi la communauté d'un effet d'entrainement salutaire, d'autres éléments de la vie en société peuvent aisément être répercutés. Ainsi, mais est-ce un bien, on peut souvent se défausser de la charge d'un impôt qui vous frappe. Cela s'appelle "la translation fiscale". On en parlera aussi. Mais plus tard.

14.12.2005

Le pacte des générations ( suite)


Lire aussi le long commentaire du blog du 12 décembre signé  FC " Pour négocier il faut au moins être deux".

12.12.2005

Pacte des générations ( 2 ) Les surnuméraires


Le titre du sujet n'est pas passionnant, j'en conviens. Mais il pollue la vie sociale actuelle et laissera des traces. Le PS n'est pas suivi par les syndicats, qui eux-mêmes ne sont pas suivis par leurs bases tandis que le sud du pays ne suit pas le nord car leurs problèmes ne sont pas identiques ( population plus âgée en Flandres, chômage des jeunes accentué au sud ).
 
Que les carrières doivent être allongées, soit. Mais il y a la manière. Deux voies de réflexion.
 
Les seniors réchigneraient moins à prolonger leur présence au travail si on osait en bouleverser  les modalités.Des semaines de 3 jours couplées à des horaires à temps partiel, plus flexibles et des jours de vacances supplémentaires répondraient sans doute, pour partie, à la préoccupation majeure des plus âgés ; disposer de temps libre quitte à supporter une réduction proportionnelle de leurs salaires, pour autant qu'on ne rabote pas leur pension à l'échéance.
Pour les jobs plus contraignants sur le plan physique, il faudrait y ajouter une redéfinition des prestations vers des fonctions d'encadrement et de formation.
Or, de telles mesures, pas cosmétiques mais véritablement engageantes, qui apportent une  vraie rupture dans le rythme de travail des seniors, ne semblent pas accompagner le programme gouvernemental. Il  leur colle des années de travail supplémentaires, point barre.
Il ne faut pas s'étonner que cela s'agite.
 
Deuxième voie: les prépensions ont été créées pour éviter les licenciements secs dans des entreprises en difficulté. Celles-ci agitaient le spectre de la fermeture si elles ne pouvaient pas dégraisser les "surnuméraires". Avec le temps, ce pis-aller devint un moyen commode utilisé par toutes les entreprises, même parfaitement rentables.Demandez à Fortis et ING qui sortent des résultats financiers flatteurs mais en même temps réduisent leurs effectifs en se défaussant  pour partie sur l'état. D'ailleurs, les employeurs restent très discrets dans la tourmente actuelle et crieront à l'asphysie si la charge des prépensions leur étaient, à bon droit, portée en compte, hors les cas de sauvetage avérés.
Mais leurs cris n'abuseront personnes ; ils criaient déjà en 1914 lorsqu'on a interdit le travail des enfants et en 1936 quand on a octroyé la première semaine de congés payés!
 
PS : au passage, appréciez le terme " surnuméraire" : " Désolé, vous êtes un surnuméraire"



11.12.2005

Pacte des générations


J'aurais préféré vous dire l'éclat ocre et or du soleil de 16h aujourd'hui sur les plateaux givrés du Condroz mais je rumine deux commentaires à propos du "pacte des générations" qui ne  souffrent  plus d'attendre.

A- Il a une vertu didactique ce pacte: chacun a maintenant compris le lien intergénérationnel qui nous lie sur le plan de la sécurité sociale.
La célèbre formule écolo " On n' hérite pas  la Terre de nos parents; on l'emprunte à nos enfants" peut s'appliquer aussi au système social.
La relation de causalité entre nos attitudes présentes et le type de couverture sociale de demain est établie: on commence à travailler plus tard, on s'arrête plus tôt, on vit plus longtemps, de sorte que l'effet de cisaille est patent. Chacun en convient.
 
B- Les pré-pensions sont dans le colimateur des négociateurs pour deux raisons:
* d'abord leur argumentation fallacieuse " place aux jeunes". On nous bassine avec ce slogan depuis 20 ans mais il faisait plaisir à tout le monde: les employeurs y trouvaient un prétexte honorable- les travailleurs visés se disculpaient de tout sentiment de culpabilité, ils contribuaient à l'emploi des jeunes- les syndicats sauvaient les meubles et l'état maintenait la paix sociale. Mais, en règle générale, l'argument est faux.
Si, pour un prof prépensionné, un jeune est nommé, dans le secteur privé les gains de productivité dispensent de remplacer et on n'engage pas un jeune pour un vieux ; on réorganise, on restructure, on rationnalise, on informatise.
Aujourd'hui que nos intérêts se sont déplacés, on reconnaît cette situation car l'équilibre budgétaire prime la paix sociale.
* ensuite leurs coûts. Schématiquement, les prépensionnés émargent au budget du chômage et reçoivent, en plus, un complément de leurs ex-employeurs pendant un certain temps.
Le budget de l'état est doublement impacté : d'abord par la suppression ou la diminution des cotisations sociales liées au travail de ces personnes qui ne sont plus actives et ensuite par les allocations sociales qui leur sont versées .
La quadrature du cercle?
Deux suggestions peu exploitées demain .

A moins que les couleurs du couchant ne m' imposent  de vous parler d'elles. 
 


11.11.2005

1831-2006 ; copié-collé


Le texte de 1831, cité dans le blog d'hier, permet une double contextualisation.
On peut le lire avec, à l'arrière-plan, les récents symptômes de la " fracture sociale", chère à Chirac, qui ont éclaboussé les banlieux françaises.
On peut aussi facilement le transposer, mot pour mot, au plan des relations internationales.
 
C'est d'ailleurs un bel exemple de ce qu'est la mondialisation : prendre un texte du 19° siècle relatif à la Belgique naissante et le relire, sans le trahir,  en pensant au monde d'aujourd'hui.
 
Quelle que soit l'angle de lecture, l'analyse décapante du comte de Saint Simon
(1760-1825) reste parfaitement actuelle lorsqu'il conclut que :
" La nation a admis pour principe fondateur que les pauvres devaient être généreux à l'égard des riches"
 
Car ne nous y trompons pas. La générosité n'est pas l'apanage des riches qui consentent quelques budgets pour les plus démunis. La vraie générosité appartient "à nos pauvres".
Et il leur en faut de la générosité pour rester calmes dans la misère et assurer aux riches la quiétude de leurs vies et de leurs biens lorsqu'on est "des misérables".
 
C'est presque de la grandeur d'âme!

23:04 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social |  Facebook |

10.11.2005

Similitude


Je vous donne à lire un texte écrit en ....1831 par des Saint-Simoniens. Il est d'une actualité édifiante et ne requiert aucun effort pour le transposer aux difficultés de l'heure. 
 
" La société se trouve composée d'individus appartenant à deux classes bien distinctes. Pour les uns, le présent et l'avenir sont assurés. Ils ne sont pas dans les transes continuelles pour la destinée de leur femme et de leurs enfants. Il leur est permis de jouir des douces sympathies de la famille; l'éducation a développé leur intelligence et leur a donné des moeurs élégantes et polies; ils profitent de toutes les découvertes, de tout ce qui se produit de neuf et de grand.
Mais ils forment une minorité.  
En dehors, il est une foule innombrable, une fourmilière de créatures qui n'ont ni présent ni avenir assurés.Aucun sentiment n'attache cette masse au sol national et à toutes les belles inventions qui en parent la surface.Ces malheureux abandonnés souffrent de toutes les privations, toutes les incertitudes et la rudesse de leurs passions, leur misère, leur ignorance les poussent à manifester violemment leurs douleurs.
Un tel état de choses entretient au coeur de la société une plaie vive qui est le foyer de toutes les angoisses. Pas un de ses membres n'est à l'abri des étreintes cuisantes qui s'en échappent. Ainsi le seul moyen de leur donner la vie et le bien-être, c'est de sécher à la source le mal qui les ronge.
Toute politique qui n'a pas directement pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse est une politique immorale, ignorante et impuissante".
 
Texte écrit il y a 175 ans, à une époque où il n'y avait dans nos villes et nos villages ni HLM, ni immigrés, ni musulmans mais déjà la pauvreté matérielle, la misère morale et l'injustice.

31.10.2005

Sécurité sociale, j'écris ton nom.


Notre sécurité sociale, tant discutée aujourd'hui, n'a pas toujours existé. Un des textes précurseurs date de 1808 et concerne le charbonnage du Gouffre à Chatelineau.
 
" Le directeur des travaux est autorisé de convenir avec les ouvriers dont il est content, sous condition qu'ils travaillent diligemment et effectuent leur tâche à l' apaisement du porion, qu'il leur soit retenu 3 sols par mois, et moyennant cela, s'ils sont blessés dans les travaux, le chirurgien sera payé par le charbonnage et le blessé recevra 8 sols par jour ouvrable ( le salaire moyen s'élevait à 11 ou 12 sols par jour) jusqu'à ce qu'ils soient en état de se rendre à la fosse."
 
Précurseur à la manière d'une époque dont le code pénal interdisait les "coalitions d'ouvriers" et qui tergiversa encore 5 ans (1813) avant d' interdire la descente les enfants de moins de 10 ans dans la fosse.
Alors, les mômes allèrent dans les ateliers. Et les veinards n'attendirent que 28 ans pour profiter d'une loi (1841) qui limita la durée de leur travail à 8h par jour... s'ils avaient moins de 12 ans.
Peu se réjouissaient de grandir car en soufflant leurs 12 bougies, ils se prenaient 4 heures de  labeur supplémentaire par jour. Soit des semaines de 6 jours à 12 heures.
Passé 16 ans, une fois adulte, the sky was the limit. 


22:34 Écrit par JLH | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : belgique, social |  Facebook |