21.12.2011

Bonana et bon appétit

 Au moment d'aborder les agapes de fin d'année, je m'en voudrais de vous couper l'appétit mais, vraiment, dans ce domaine comme dans d'autres, on vit sur une drôle de planète.

Selon l'OMS, ce n'est plus tant la "sous-nutrition" que la "malnutrition" qui constitue un véritable problème de santé publique.

En effet, si une partie de la population mondiale reste sous-alimentée ( quand même 880 millions sur 7 milliards),  deux fois plus d'humains sont déjà actuellement en surpoids ( 1,6 milliard dont 500 millions d'obèses) alors que 2 milliards souffrent de carences alimentaires. Restent 2 milliards à peu près nourris correctement.

Les projections démographiques tablent sur une croissance de la population qui devrait culminer vers 2050 à 9 milliards d'humains; mais cette progression, liée à l'amélioration du pouvoir d'achat de certaines régions du monde, devrait engendrer une demande quasi doublée de consommation de viandes et de produits laitiers. Or, on sait que la production de viande nécessite une utilisation massive de terres de cultures et d'eau. Est-ce jouable? En tout cas, ces perspectives ont l'air bancables car des fonds d'investissements se constituent pour soutenir les projets agro-industriels qui se mettent en place pour capter ces marchés prometteurs, même si l'on pressent que la planète bleue va souffrir et que les humains ne vont pas forcément se porter mieux si le bon sens paysan devient universel lorsqu'il proclame que :" Dans le cochon, tout est bon". 

Doit-on pour autant se mettre tous à manger des criquets et des chenilles, gorgés de protéines, de fer et d'oméga?

Selon les spécialistes de l'entomophagie, il existerait 1462 sortes d'insectes comestibles à haute valeur nutritionnelle!

Pas une ligne de ce problème dans la déclaration gouvernementale et pas besoin de parier, on n'en parlera pas non plus durant les  campagnes présidentielles française ou américaine de 2012. Seuls les écolos et les ONG abordent ce genre de problématique alors qu'il s'agit d'une question essentielle et que la parole ne doit pas être laissée aux seuls opérateurs économiques.

Car qu'entend-t-on?

En France, le magazine " Que Choisir" a étudié 700 spots publicitaires télévisés diffusés aux heures d'audience des enfants et adolescents. 89% des spots vantaient des aliments repris dans la pyramide nutritionnelle dans la catégorie "superflus- industriels- caloriques"- qui ont trait aux gâteaux, confiserie, boissons sucrées, céréales raffinées etc.

Les produits de base - l'eau, les fruits et les légumes- ne représentent que 6% des messages publicitaires!

Bon, vous n'êtes pas obligés de manger des sauterelles ou des libellules au réveillon du nouvel an, encore qu'il parait que les criquets ont un délicat goût noisette, mais l'an prochain peut-être...

Si l'envie vous prend, il existe déjà des blogs qui donnent des recettes pour cuisiner les scarabées ou les chenilles: www.girlmeetsbug.com

Bon appétit et Bonana

22.10.2011

La résilience des peuples

En Libye, Mouammar Kadhafi est mort hier, probablement lynché tandis que la Tunisie se rend aux urnes demain.

Deux peuples maintenus sous l'emprise de clans familiaux ou tribaux pendant des décennies. Deux pays voisins qui doivent se reconstruire, débarrassés de leurs présidents honnis, ennemis populaires fédérateurs occultant jusqu'ici leurs dissensions qui, à présent, vont pouvoir s'exprimer librement. Violemment? Voici venue l'heure de tous les dangers.

On leur propose bien sûr notre modèle de démocratie parlementaire coiffée d'une fonction présidentielle comme si c'était la seule voie possible de gouvernance. S'ils adoptent cette formule, ils auront à évacuer leurs peurs, à dépasser leurs divisions classiques, confessionnelles, sociales. Bien des dangers, des dérives et des convulsions les attendent. Auront-ils les ressources de transcender ces écueils. Il est toujours plus facile de diviser que de rassembler, d'exciter les rancoeurs que de prôner la concorde.

Certains hommes ont pu faire preuve d'exemplaire résilience. Les peuples en sont-ils capables?

Ray Charles aborda la vie de façon dramatique; un père totalement absent, une mère dévouée mais très pauvre, un jeune frère qui meurt noyé à 3 ans sous ses yeux dans une lessiveuse, un glaucome qui le rend définitivement aveugle à 7 ans, une institution pour enfants aveugles où il souffrit de la séparation d'avec sa mère qui meurt quand il a 15 ans. Institution qui - soit dit en passant- pratiquait la ségrégation séparant les enfants blancs et noirs alors qu'ils étaient tous aveugles; mais c'est quand même là qu'il apprit la musique!

Steve Jobs est l'enfant d'une trop jeune mère qui, enceinte, décide de l'abandonner dès sa naissance. Refusé par une première famille d'adoption qui s'attendait à recevoir une petite fille, il arrivera dans la famille Jobs. Il apprendra plus tard que son père d'origine syrienne et sa mère biologiques se sont mariés un an après sa naissance sans chercher à le retrouver et eurent une petite fille, sa soeur qu'il ne rencontra qu’à l'âge adulte. 

Ni Ray ni Steve ne sont sortis indemnes de leur enfance mais quelle revanche!

Puissent les peuples libyens et tunisiens se garder de leurs démons et trouver les moyens de se réconcilier avec eux-mêmes.

 



03.10.2011

Yvonne et La Boétie

Dans un post précédent du 2 août, je déplorais l'absence de réactions et le silence des intellectuels face aux turbulences qui fracassent le régime capitaliste depuis 2008. Car ne nous y trompons pas; plusieurs banques, articulations vitales du capitalisme, ne survivraient pas à leurs propres disfonctionnements sans l'intervention en secours des états ou de leurs émanations internationales. Ces états dont le rôle, soit dit en passant,est par ailleurs conspués par les tenants purs et durs de la doxa capitaliste.

Bien sûr, la rue a rugi à Tottenham en août dernier et gronde à Athènes depuis quelques semaines, mais il ne s'agit pas de révolutions. Dans les faubourgs de Londres, on a vu des pillards, même pas des émeutiers et dans la capitale grecque défilent des citoyens qui, dignement, luttent pour sauver leurs statuts, leurs pensions, leur pouvoir d'achat, pas pour changer de régime ou le remettre en cause.  

Finalement, l'image la plus révolutionnaire nous vient de Bavière où Yvonne, seule de sa race, a refusé pendant des semaines de se plier aux normes de sa condition, défiant les autorités, les gendarmes, les éleveurs, les chasseurs, dénigrant sa soeur Walraut, son fils Friesi et rejettant le séduisant Ernst, le taureau en rut, autant d'appâts qu'on envoya en mission au devant de la fugitive pour la ramener sur le chemin de l'étable. Voici une rebelle, une vraie, mais c'est une vache bavaroise!

Sans faire insulte, elle devrait inspirer quelques penseurs de notre temps qui pourraient, comme elle, sortir des sentiers battus pour réfléchir "hors du système", ce qui fait étrangement défaut ces jours-ci. On a bien ici et là des "indignés" qui font écho à un livre à succès écrit par un octogénaire français bien propre et bien gentil. C'est peu pour affronter un monde mis en mode "financiarisation" totale depuis 20 ans. On admet encore sans le disputer que le capitalisme est le point de finitude du système de pensée économique comme on pense que l'homme est le point de finitude de la vie terreste. On a deux fois tort. 

Alors pourquoi tant d'impérities dans les cénacles et de fatalisme dans les cités?

Il y a 5 siècles déjà, un jeune homme s'ébahissait de voir " des millions d'hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug, non pas contraints par une plus grande force mais par le seul nom d'un maître, duquel ils ne doivent ni craindre la puissance puisqu'il est seul ni aimer les qualités puisqu'il est, à leur endoit, inhumain et sauvage....c'est le peuple qui s'asservit qui, ayant le choix ou d'être serf ou d'être libre, quitte la franchise et prend le joug".

Ce jeune homme s'appelle La Boétie et il avait 18 ans lorsqu'il écrivit "Discours de la servitude volontaire".

Tout est dit dans ce titre. Et rien n'a changé.

 

 

27.09.2010

Les Roms

L'Office européen des statistiques vient de publier une étude chiffrant le nombre d'étrangers vivant sur le territoire des 27 états membres de l'UE.

30,8 millions de personnes, soit 6,2% de la population européenne, sont étrangers c.-à-d. ne sont pas citoyens du pays dans lequel ils vivent. Parmi elles, 11,3 millions sont ressortissantes d'un autre pays européen et 19,5 millions proviennent d'un pays extra communautaire. Pour être complet il convient de rajouter 8 millions d'illégaux pour arriver à un total d'étrangers extra communautaires de 27,5 millions soit 5,5% des 498 millions d'européens. 

C'est la Grand Duché du Luxembourg qui compte la plus grande proportion d'étrangers avec 43% de sa population (essentiellement des Portugais) alors que c'est la nationalité turque qui est la plus représentée en Europe avec 2,4 millions de ressortissants ( principalement en Allemagne).

En Belgique, 68% des étrangers sont européens dont les plus nombreux sont dans l'ordre les Italiens, les Français puis le Hollandais; bien après, apparaissent les non européens avec les Marocains, les Turcs et les Congolais. Ce ne doit pas être impossible de proposer une histoire commune et partagée avec 5,5% de la population si on bannit les ghettos et fixe les règles claires du "vivre ensemble". 

Alors choisir les Roms pour faire de la musculation sarkozienne, n'était-ce pas un peu facile en subodorant qu'ils seraient peu défendus et ne créeraient pas d' incident diplomatique.

Sarkozy s'est dit qu'ils n'auraient que quelques sympathisants, style intellectuels fatigués ou écrivains sur le retour. Il n'avait pas lu la lettre que Gustave Faubert écrivit à George Sand en 1867:

 " Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec le même plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois. Je me suis fait très mal voir en leur donnant quelques sous. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les hommes d'ordre. C'est la haine qu'on porte au bédouin, à l'hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Elle m'exaspère et du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat." 

Les états européens ne sont pas "tombés à plat" et ont soulevé une bronca que le pauvre Van Rompuy a eu bien du mal à canaliser.

Bien sûr Sarkozy a ses raisons: il expulse les roms de France car ils créent des désordres ; car il ne veut pas laisser l'extrême droite lepéniste butiner seule les voix de réacts ; car même au regard du droit européen il a le droit de procéder à ces expulsions. Soit.

Mais ce qui est dangereux lorsqu'on veut faire concurrence à l'extrême droite (que l'on voit refleurir un peu partout), c'est qu'on entre dans le jeu pervers de l'exclusion. On "delete" ceux qui nous contrarie, nous font peur, nous "sont étrangers à nous".

Et la pente est savonneuse! Aujourd'hui, on écarte les étrangers, les roms, demain ce sera au choix les jeunes, les vieux, les gros, les blacks tous ceux qui ont le tort de ne pas être "nous" c.-à-d. les bons, mes meilleurs, les méritants.

Regis Debray - qui n'est pas sans reproche par ailleurs- explique assez bien ce phénomène récurrent de l'exclusion par un clivage primaire entre les humains:

" Voltaire distinguait "civilisés/sauvages" - les sauvages étant ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui. Le 19° siècle a joué de l'opposition "bourgeois/prolétaires". Le 20° a théorisé le clivage "dominants/dominés". Au 21° siècle, nous voici entre "les humiliants et les humiliés". D'un coté, la partie "éclairée" du monde, de l'autre les gens" hors scène", les peuples hors radars, les oubliés qui pensent mal ou ne pensent pas".

Et pour plaire aux uns rien de tel que de fustiger les autres. Il est plus simple, moins cher et plus rapide d'expulser que de rencontrer les diverses et tout autant légitimes façons de vivre.

On ne construit pas un monde à force d'expulsions et d'humiliations, ne serait-ce que parce qu'on est toujours le "Rom" de quelqu'un. Demandez aux francophones de la périphérie bruxelloise!



27.06.2010

Nacht und Nebel

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" Vous entrez ici par la porte, vous sortirez par la cheminée".

C'est par cette phrase que les prisonniers "Nacht und Nebel" (nuit et brouillard), appelés ainsi car ils devaient disparaître sans plus laisser de trace, étaient accueillis à leur arrivée au camp de Struthof, érigé dès 1940 dans une Alsace annexée par le Reich, mais aujourd'hui sur sol français et lieu de mémoire.

Premier camp de concentration à être libéré par les alliés en avril 1945, ceux-ci découvrirent le four crématoire tel que je l'ai photographié il y a 15 jours, au détour d'une balade vosgienne. En prenant la mesure de la sauvagerie humaine, un gradé américain a dit:" Si les américains ne savaient pas pourquoi ils sont venus se battre en Europe, maintenant ils le savent". 

La cruauté des SS, leur indifférence aux autres, leur sentiment "d'être en droit d'agir ainsi" ne peuvent s'expliquer que par un étrange paradoxe. Ils vivaient en famille dans des villas à quelques centaines de mètres du camp dans lequel ils affamaient, brutalisaient, regardaient agoniser des hommes de leur âge, les dépiautaient avant de les brûler et à leur procès, lorsqu'il y en eut, s'étonnèrent des griefs dont on les accablait. On retrouva le même comportement schizophrénique au Cambodge, au Rwanda, en Croatie, partout où des hommes, comme vous et moi, franchirent les limites  de l'appartenance humaine. Un curieux processus collectif qui trouve un terreau fertile partout, parvient à déshumaniser l'autre jusqu'au point où il quitte le genre humain pour appartenir un autre groupe, celui des "undermenschen, des cancrelats, des cafards" qu'on peut maltraiter puisqu'ils ne sont plus des nôtres.

Tous les tortionnaires n'étaient pas des brutes analphabètes; il y eu à Struthof des expériences médicales à propos du typhus exanthématique, du gaz ypérite et la constitution de collections anatomiques menées par d'érudits médecins dont l'un avait même été candidat au prix Nobel avant la guerre!

Le processus par lequel on parvient à extirper à l'autre son  humaine condition ; le raser, le tatouer, lui enfiler une costume de bagnard, l'affamer, l'affaiblir par le froid, la fatigue d'un travail harassant, la peur des chiens et des punitions, conduit effectivement au résultat recherché; des êtres vivants mais qui ne montrent plus aucune fierté, plus aucune résistance, plus aucune attitude digne et virile. Puisqu'ils rampent je peux marcher dessus; il ne leur reste de la vie que le souffle ; leur ôter est devenu anodin.

Mais ce qu'il faut comprendre c'est que ce ne sont pas ces épaves qui ont quitté le genre humain, ce sont leurs bourreaux. Pour pouvoir se comporter à la maison en pères de famille et au camp en tortionnaires, ils se sont persuadés qu'ils n'avaient plus en face d'eux des hommes, d'autres pères et d'autres fils mais des sous- under- quelque chose. En réalité il faut effectivement que quelqu'un - du bourreau ou de la victime- rompe le lien relationnel où l'autre est le miroir de soi, donc respectable. Mais à vouloir pousser le prisonnier Nacht und Nebel hors du miroir en l'avilissant,  ce sont les bourreaux qui chavirent, pas ceux qui coulent.

Arrivés au bout du voyage, en face du "poële à os", il n'y a plus de larmes depuis longtemp, justes quelques mots griffonnés par un rescapé ;  

 

Lorsque finalement le corps se retrouvait devant cette bouche métallique brûlante, il était si déshydraté qu'il ressemblait à du bois mort et tordu. Alors le cadavre ne faisait plus qu'un avec ses frayeurs et ce n'étaient pas les flammes de cette trappe qui rendaient hagards ses grands yeux ouverts aux extrémités de ses membres de bois, mais le néant infini qu'ils fixaient depuis longtemps et dans la fixation duquel ils s'étaient vitrifiés".

Pahor, déporté Nacht und Nebel slovène.

 

08.02.2010

Nos enfants nous accuseront

Marie Curie, après avoir reçu deux Prix Nobel ( Physique en 1903 avec son mari Pierre Curie et Chimie en 1911) mourut de leucémie pour avoir été trop exposée aux éléments radioactifs.

Sa fille, Irène Curie, après avoir reçu le Prix Nobel de chimie en 1935 ( quelle famille!), mourut à son tour de leucémie pour les mêmes raisons.

Durant ces années d'exploration de la radioactivité, on en ignorait encore la nocivité et lorsqu'on commença à s'en protéger, il était souvent trop tard.

Aujourd'hui, nous savons ce qui nous nuit mais nous ne voulons pas le voir; nous l'entendons mais ne voulons pas l'écouter; nous le pressentons mais ne voulons pas l'admettre. 

Alors, que peut un clip de 6' pour ceux qui se veulent sourds et aveugles?

Au moins ne pas rester muet!

 

Mais, me direz-vous, Pierre Curie, le mari de Marie, est mort en traversant la rue, renversé par une voiture à cheval en 1909. Une mort stupide pour un homme brillant. 

Bon, d'accord le "fatum" a toujours raison mais ce n'est pas pour cela que j'ai tort.

18.01.2010

Madame la Terre

Ce n'est pas parce que je parlais de vous la semaine dernière, Madame, en appelant à vous craindre, qu'il fallait vous manifester aussi vite, avec autant de violence ni vous acharner sur un des peuples les plus pauvres sur votre sol.

La compréhension de vos mouvements d'humeur nous ont longtemps échappé et nous avons dû recourir aux esprits maléfiques ou aux dieux pour pleurer nos morts que vous laissiez sous vos gravats. Lorsque vous rasiez Lisbonne en 1755 ou que vous écrasiez 200.000 japonais à Kantô en 1923, nous ignorions tout de la "tectonique des plaques". Même Albert Einstein niait encore en 1955 que les continents bougeassent.

Aujourd'hui, on peut doctement expliquer aux Haïtiens que vous êtes composée d'une dizaine de grandes plaques et d'une vingtaine d'autres, plus petites. Elles se meuvent à des vitesses différentes, dans des directions diverses. Les prévisionnistes, qui appellent Tokyo la ville "qui attend de mourir", estiment qu'un jour la Californie se détachera de la côte ouest pour former une sorte de Madagascar dans le Pacifique, que l'Afrique absorbera la Méditerranée et remontant vers le Nord, créera une nouvelle boursouflure, de Paris à Calcutta, qui n'aura rien à envier à l'Himalaya. Evidemment, la dérive de vos continents s'opère à la vitesse où poussent nos ongles, imperceptible, mais de temps à autre il faut bien les couper comme vous devez bien vous ébrouer.

Ceci ne consolera pas les haïtiens ; dans les ruines de Port-au-Prince, combien de petite Omayra Sanchez, cette enfant colombienne qui agonisa deux jours, coincée dans un enchevêtrement d'éboulis lorsque vous fîtes rugir le volcan Nevada del Ruiz en 1985 ?

Le gouvernement haïtien, déjà déficient en temps normal, a jeté l'éponge laissant à la communauté internationale le soin de gérer au mieux la catastrophe que vous avez provoqué. Ils en ont déjà bavé les Haïtiens depuis leur indépendance; dans quel tréfonds de leur conscience collective vont-ils trouver la résilience  nécessaire pour reconstruire leur pays ?

Avec quelle probité, lorsqu'on sait que les dons et aides financières vont pleuvoir sur le pays?

Devra-t-on mettre ce pays sous mandat de gestion de l'ONU ?

Enfin, va-t-on enfin s'astreindre à un travail de réflexion sur les priorités du peuple des humains: toute la vie est concentrée sur une tranche de 20 kms de haut au maximum, des profondeurs de la fosse océanique au sommet de l'Everest. Autant dire moins que rien au regard de l'immensité du cosmos. Et pourtant on s'en soucie comme de colin-tampon.

Evidemment, même si les 6 milliards d'humains entraient en lévitation spirituelle, vous ne cesseriez pas pour autant, Madame, de crachoter, de frissonner, d'éructer et de convulser, tout comme vous êtes restée insensible jadis aux sacrifices humains que nos ancêtres vous dédiaient.

" La terre est dangereuse -expliquait un géologue anglais -l'histoire de chaque partie de notre terre, comme la vie d'un soldat au front, consiste en de longues périodes d'ennui, traversées de brèves périodes de terreur".

Puisqu'on doit encore coexister quelque temps, Madame, si on trouvait autre chose ?

 

11.01.2010

Noël, Noël

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Il y a, sous nos latitudes, des Noëls blancs.

Plus au sud, il y a des Noëls noirs comme la lave, jaune comme le sable, émeraude comme la mer.

Pour avoir pris l'avion 8 fois en 15 jours afin de vous ramener cette photo, je peux témoigner que les mesures de sécurité dans les aéroports ne valent pas tripette.

Nous sommes notamment passés par Zaventem, Schiphol et San Francisco; nous avons été interrogés, scannés, palpés par une bordée d'agents qui nous ont confisqué ici une pomme, là une laque pour cheveux ( + briquet= lance-flammes), on a passé des languettes de détection au-dessus des biberons mais, dans un autre sac de la famille, ils ont laissé passer une autre pomme, une autre laque et même un opinel oublié!

On ne sera jamais à l'abri de suicidaires exaltés; en attendant, on compile les mesures liberticides qui ne sont pas neutres sur le plan de la mentalité collective.

De plus en plus, au nom d'une sécurité assez illusoire, on accepte d'être fouillé, fiché, photographié et demain radiographié si les "full body scanners" sont placés dans les aéroports.

il n'y a pas si longtemps, on ne posait pas de cadenas sur son vélo, on ne fermait pas la porte du garage à clé + verrou, on se baladait encore sur les jetées découvertes des aéroports. Que s'est-il passé? Pourquoi s’amuse-t-on à se faire peur ?

Il faut espérer que le climat anxiogène actuel créé par l'homme, pour l'homme et avec l'homme ne soit que passager car d'autres craintes d’une autre ampleur mériteraient notre docte savoir.

La masse compacte de la lave froide, lovée en viroles, qui se noie dans la mer fascine et effraye. On explore l’espace mais que sait-on des entrailles de notre terre?

A part Jules Verne qui fit un"Voyage au centre de la terre" en 1864, personne n'a jamais été voir battre le ventre du monde. Le voudrait-on, qu’on serait carbonisé par les 6000°de  chaleur supposés bouillonner dans le noyau interne.

Sous la mince et délicate couche de terre arable (arabilis=cultivable), qui assure à elle seule la nourriture de tous les êtres vivants sur terre, 6374 Kms nous séparent du centre de notre planète. Des tentatives furent bien menées pour creuser le sol et les Russes à cet égard furent les plus obstinés. Lorsqu’ils abandonnèrent leur forage sur la presqu’île de Kola, près de la frontière finnoise, ils avaient atteint une profondeur de 12 Kms. Si la distance Bruxelles-Kinshasa représente assez fidèlement le rayon de la terre, les Russes sont bien arrivés à Hoeilaart !

Ce que l’on sait de notre globe résulte de l’étude des ondes sismiques et des roches volcaniques. Les plus fortes éruptions eurent lieu avant l’avènement de l’homme et décimèrent les animaux victimes pour la plupart, non de mort brutale, mais d’ostéodystrophie pulmonaire, qui n’est pas à souhaiter à vos amis car vos poumons sont lacérés par un air saturé de poussières abrasives. 

De nos jours, il reste une centaine de volcans en activité et de temps à autre ils crachotent. La plus violente explosion volcanique des temps modernes  remonte à 1815 en Indonésie. Une jolie montagne explosa entraînant tsunamis, désolation et 100.000 victimes. Il fallut plusieurs mois pour que le manteau crépusculaire de cendres, poussières et suies atteigne l’Europe où il n’y eut, en 1816,  ni printemps ni été. Les récoltes furent désastreuses, l’Islande connut une famine et de nombreux sinistrés émigrèrent aux USA.

C’est précisement là-bas, dans l’état de Nebraska, que les vulcanologues s’accordent à prévoir la prochaine catastrophe volcanique, au cœur du superbe parc du Yellowstone, célèbre pour ses geysers, ses sources hydrothermales et ses boues chaudes.

Quand la terre se vengera de la sottise des hommes qui ne daignent pas s’occuper d’elle, peut-être arrêterons-nous de nous chamailler et porterons-nous notre regard, de notre nombril à celui du monde.  

 


15.12.2009

Magnificient

Un clip + une chanson de U2 = une modeste contribution au sommet de Copenhague

18.11.2009

Raison d'Etat

Machiavel a-t-il toujours raison ?

La raison d’Etat peut-elle supplanter les droits de l’homme ? Les intérêts légitimes de l’état priment-ils sur les intérêts légitimes des citoyens ?

Formuler ces questions ne fait sens qu’en Occident et encore, depuis peu. Autrefois ou ailleurs, la primauté de l’état, du clan, du groupe sur l’individu s’impos(e)ait naturellement: que de rites, de sacrifices, d’excommunications, d’exils, de condamnations, d’affaires étouffées au nom  de cet « Etat » ou …des hommes qui s’en réclament.

La question de sa légitimité n’est pas résolue mais mérite d’être posée ; elle n’est pas que rhétorique ; en tout cas, elle ne l’était pas pour les époux Julius et Ethel Rosenberg, arrêtés en 1951 pour avoir livré des secrets atomiques aux Russes, condamnés à la chaise électrique et exécutés en 1953. Ils étaient juifs et communistes dans une Amérique bouleversée par le début de la guerre de Corée, la récente victoire de Mao en Chine et l’explosion de la première bombe atomique russe qui privait les Etats-Unis du monopole atomique mondial.

MacCarthy réussit à convaincre ses concitoyens que les ennemis de l’Amérique, principalement les communistes, pouvaient aussi se cacher en son sein et qu’il s’agissait de les débusquer.

C’est dans cette ambiance paranoïaque que le couple fut inculpé sur dénonciation du frère d’ Ethel Rosenberg, membre de leur réseau d’espionnage quasi familial et arrêté quelques jours plus tôt. Julius Rosenberg et sa femme nièrent jusqu’au bout et d’être communistes et d’avoir transmis des renseignements aux Russes. Leurs négations répétées, leur profil modeste et ordinaire, leurs jeunes enfants ébranlèrent le monde. Des comités de soutien se multiplièrent dans la majorité des pays libres, encouragés par les partis communistes et soutenus même par le pape. Einstein en personne exprima son incrédulité à propos de leur culpabilité !

Or, la NSA ( National Security Agency) possédait la preuve de leur forfaiture. Mais cette agence de renseignement US ne la divulgua pas au procès au nom de la « raison d’Etat ». En réalité, les époux correspondaient avec les Russes en utilisant un code chiffré alambiqué que la NSA avait décrypté. En faire état au procès aurait averti les Russes des failles de leur système de communications qu’ils se  seraient empressés de modifier.

Tout ceci ne fut publié que 40 ans plus tard, après la chute du mur de Berlin, mais en 1953 lorsque les époux Rosenberg furent grillés sur la chaise électrique, ils pensaient que seul le témoignage de leur frère et beau-frère les accablait. Ils n’ont donc jamais plaidé coupables, espérant que le tribunal d’abord, le président (Eisenhower) ensuite leur éviteraient la peine capitale.

Non seulement les principaux intéressés ignoraient la preuve détenue contre eux mais les comités de soutien, leurs proches, y compris leurs propres enfants les croyaient innocents. Après leurs exécutions, l’Amérique fut vilipendée ; J-P Sartre écrivit « L’Amérique a la rage ! ».

 

Je ne dis pas que preuve sur la table, il n’eut pas fallu se mobiliser contre leurs exécutions mais c’est un autre débat. La question qui me taraude ici pose les limites de la raison d’Etat.

Peut-on envoyer quelqu’un sur la chaise électrique et laisser ses enfants grandir sans plus d’explications ?

 

« Salus patriae suprema lex »

Il ne fallut pas attendre le 16° siècle et Machiavel pour disserter sur ce thème. 350 ans avant Jésus-Christ, Platon écrivit ; «  Le mensonge est utile aux hommes, comme une espèce de pharmakon dont l’emploi doit être réservé aux médecins et interdit aux profanes . C’est donc aux gouvernants de l’Etat qu’il appartient de tromper les citoyens et les ennemis dans l’intérêt de l’Etat et personne d’autre n’y doit toucher ».

Avec le temps l’analyse s’est affinée pour convenir de circonscrire l’exercice de la raison d’Etat dans une quatruple limite :

-       la fin doit être d’utilité publique, non l’utilité du pouvoir, mais le salut public

-       le pouvoir qui l’exerce doit être légitime

-       les moyens employés dérogent à la légalité sans que celle-ci ne soit abolie

-       les circonstances doivent comporter l’urgence et la nécessité.

 Pour ma part, ayant éparpillé quelques illusions au long des mes jours et de mes heures, je m’accommoderais d’une certaine "raison d’Etat" lorsqu'en contrepartie serait conceptualisée et admise au bénéfice des citoyens une certaine « raison de l’Humain », basée - mutatis mutandis- sur les quatre mêmes principes, qui légitimerait l’action citoyenne personnelle ou collective.

 

Ce que l'Etat s'arroge à titre dérogatoire aurait ainsi son pendant au plan individuel.

 

On admettrait alors qu’à défaut de pouvoir se loger ou se nourrir, les citoyens – à titre d’utilité personnelle, pour eux-mêmes, sans abolir les lois et vu l’urgence- puissent squatter les logements abandonnés, mendier dans le métro sans être chassés  ou voler leurs pitances (uniquement en grande surface) ; on tolérerait que des citoyens, aux mêmes motifs, passent les frontières et traversent les murs ; ceux des pays et  ceux de l’intolérance.

 

 

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